Les marchés de la dette émergente ont connu un mois d’août très volatil. Les primes de risque ont atteint 375 bps au plus haut le 13 août (284 bps au 31/12/2017), concomitamment au dernier mouvement de décrochage de la monnaie turque qui a atteint, elle aussi, un plus bas contre Dollar US à 7.23 (50 % de dépréciation contre USD).

L’Italie sera sous haute surveillance ce trimestre dans l’attente des propositions concernant son budget 2019. Cacophonie politique entre les leaders M. Salvini et M. Di Maio d’un côté et M. Tria et M. Conte de l’autre, fortes incertitudes sur le budget, révision à la baisse de la croissance et risque à terme de nouvelles élections : même si le marché semble aujourd’hui intégrer une certaine prime de risque, nous restons toujours à l’écart de l’Italie.

Sur le front protectionniste, M. Trump conserve un ton toujours aussi agressif vis-à-vis de la Chine. Le 5 septembre se termine la consultation publique concernant les taxes sur 200 Mds$ de produits importés, et peu de doutes demeurent quant au résultat de cette consultation. Comme il est probable que les Chinois annoncent des représailles, la situation ne devrait pas se stabiliser à court terme. Des incertitudes demeurent aussi du côté de l’ALENA, avec des discussions houleuses entre Etats-Unis et Canada ; tensions que l’on retrouve d’ailleurs entre Washington et Bruxelles alors que des ouvertures pouvaient laisser espérer une issue positive il y a quelques semaines.

Pas plus de clarté du côté du Brexit alors que les délais pour trouver un accord se réduisent à vue d’oeil. Michel Barnier a pourtant eu des propos rassurants en rappelant qu’il était prêt à proposer un accord avec un niveau de collaboration dont aucun pays tiers n’avait pu bénéficier. Mais les positions des deux camps semblent encore très éloignées sur les sujets les plus sensibles (frontière irlandaise, libre circulation des personnes, etc…) et la position de Theresa May au sein de son propre parti toujours aussi inconfortable.

L’actualité sera aussi émergente avec une situation qui ne cesse de se dégrader en Argentine et en Turquie. Si dans le cas de l’Argentine cela devrait se stabiliser grâce au FMI, l ’évolution de la Turquie dépendra en grande partie de la volonté de ses institutions ; l’inflation galopante et une devise en chute libre demandent une très forte réaction de la banque centrale et donc que M. Erdogan accepte enfin un peu plus d’orthodoxie monétaire.

Dans ce contexte très incertain, nous conservons aujourd’hui des convictions très modérées : exposition actions proche des indices de référence, sous-sensibilité sur les taux "core" réduite et paris émergents très spécifiques. Nous maintenons en revanche notre vue positive sur les points morts d’inflation, ceux-ci n’ayant pas réagi à la hausse des perspectives d’inflation depuis le début de l’année.

N°193 - Septembre 2018

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