La révolution industrielle : Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’électricité !

Le 26 février 2019 Expertises Imprimer la page

Les mouvements sociaux en France auront, espérons-le, le grand mérite de faire prendre conscience à une large majorité de la population des problématiques structurelles de la France.

Une grande partie des revendications actuelles portent sur le pouvoir d’achat, les travailleurs pauvres, alors que le chômage de masse de longue durée semble accepté comme un état de fait et un mal que partagerait l’Occident victime de la mondialisation et de la robotisation.

La réalité est que le chômage n’est pas uniquement une problématique occidentale, il est fondamentalement lié à une inadéquation des "ressources locales" à être exploitées par les compétences et les investissements réalisés.

La version contemporaine des luddites interroge les inégalités sociales et fiscales alors même que le gouvernement, en cherchant à repositionner la France dans le jeu de la compétitivité mondiale, sans être totalement orthogonal à la question du pouvoir d’achat, s’en est fortement éloigné. Une forme particulière de réplique de 1995 lorsque Jacques Chirac avait été élu sur la base de l’ascenseur social… pour mener une politique de réformes inverse quelques mois plus tard, dont Alain Juppé fit les frais, laissant les réformes inachevées. Le paradoxe ici est qu’Emmanuel Macron avait annoncé les réformes qu’il mène, mais le ressenti d’une partie de la population est qu’on ne peut pas parler d’ascenseur social (revalorisation de la notion de travail) à une population qui se voit plutôt dans l’escalier et non pas dans un ascenseur, pas même dans un ascenseur à l’arrêt. A la fracture sociale des années 1990 s’est ajoutée depuis la fracture numérique.

Les statistiques fusent et les débats s’embrasent : le coût du travail est trop élevé en France, le déficit public ininterrompu depuis 1975 conduit à un endettement qui dépasse 100 % du PIB et pèsera sur les générations futures, les écarts entre les rémunérations augmentent (net d’impôt ?), les écarts de patrimoine augmentent sous la flambée des prix de l’immobilier… et en même temps, le coût moyen d’un collégien est de 8 710 € et pris en charge à 100 % par l’Etat, celui d’un étudiant dans le supérieur est de 11 670 € et pris à 95 % en charge, le billet SNCF est payé à 55 % par l’Etat et 45 % par le voyageur, les médicaments à 74 % par la sécurité sociale, l’hospitalisation à 91% et la garde des enfants de moins de trois ans à 62 %... le "reste à vivre", nouvelle expression à la mode, net des ponctions fiscales (directes comme indirectes) est donc d’autant plus faible que la solidarité est importante.

Sur ce dernier point, les inégalités de revenus, le coefficient de Gini(1), qui mesure les écarts de richesse à l’intérieur d’une population donnée, indique clairement que la France n’est ni plus ni moins égalitaire que les autres pays d’Europe. On ne peut donc pas démontrer que l’existence d’une classe plus riche se ferait au détriment de la plus pauvre. Plus le coefficient tend vers 100 plus la répartition de la richesse est en faveur d’une minorité de personnes. A titre d’illustration, la Suède a un coefficient de Gini de 29 tandis que le Brésil est à 51 (caractéristique des pays émergents).

(1) Source Banque Mondiale 

Lettre de Xavier Lépine

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